Sonia Lambertini traduite par Silvia Guzzi

Danzeranno

Cinq poèmes extraits du recueil Danzeranno gli insetti de Sonia Lambertini (Marco Saya Editore, 2016) suivis d’une note de lecture par Giacomo Cerrai.

 

Nel giorno del mio giudizio
quando il corpo sarà in scadenza
la bocca sarà colma di terra
danzeranno gli insetti
il ritmo assordante non mi farà dormire
e come nei banchetti degni di rispetto
trionferanno gli avanzi
le formiche ne faranno scorta
sottomano la mappa
cenni di anatomia
viaggio di sola andata.
Au jour de mon jugement
quand le corps sera en déchéance
la bouche sera pleine de terre
les insectes danseront
le rythme assourdissant ne me laissera pas dormir
et comme aux banquets dignes de respect
les restes triompheront
les fourmis en feront provision
sous la main la carte
traits d’anatomie
voyage d’aller simple.
Nel giorno del mio giudizio
quando il corpo sarà in scadenza
la bocca sarà colma di terra
danzeranno gli insetti
il ritmo assordante non mi farà dormire
e come nei banchetti degni di rispetto
trionferanno gli avanzi
le formiche ne faranno scorta
sottomano la mappa
cenni di anatomia
viaggio di sola andata.
Au jour de mon jugement
quand le corps sera en déchéance
la bouche sera pleine de terre
les insectes danseront
le rythme assourdissant ne me laissera pas dormir
et comme aux banquets dignes de respect
les restes triompheront
les fourmis en feront provision
sous la main la carte
traits d’anatomie
voyage d’aller simple.

Extrait de la note de lecture de Giacomo Cerrai sur le recueil Danzeranno gli insetti de Sonia Lambertini (Marco Saya editore, 2016) parue en italien dans la revue numérique de poésie Imperfetta Ellisse le 12 mai 2016 (ICI) – Traduit par Silvia Guzzi

Les insectes dansent (ou plutôt ils danseront) une gigue sur la butte de terre qui nous ensevelit, au terme d’une « maudite partie ». C’est ce thème qui est au cœur du livre de Sonia Lambertini où la mort, présence constante, revêt différentes formes que nous tâcherons de décrire. Dans sa préface, Mario Fresa nous dit certes que nous nous trouvons devant « l’angoisse irréversible d’un glissement continu dans les ténèbres de la nullification », où le poète est « martyre-témoin de sa propre auto-annulation » mais il ajoute aussi que cette vision douloureuse « ne donne lieu à aucune synthèse finale ». Pourrait-il en être autrement ? L’enquête autour de la mort, surtout quand elle est littéraire, est toujours vouée à l’échec puisqu’elle se heurte à l’inconnaissable, si on l’aborde sous l’angle philosophique, ou aux frontières de l’imagination. Ou, pourrait-on dire, elle échoue contre l’écueil de la peur d’aller « au-delà » (au-delà par exemple d’un corps « en déchéance »), qui empêche l’artiste de tomber dans une descente aux enfers, une « catabase », et c’est là un élément essentiel selon moi pour une bonne poésie (cf.ICI).
Il me semble que Sonia Lambertini fait le constat d’un sentiment actuel (et donc différent de ce que l’on pouvait observer dans le passé), celui d’une décadence du corps qui est le reflet d’une décadence plus générale, à la fois incessante et « instantanée » (ainsi « mesurer l’instant / c’est le sens du monde, / une action libre et indépendante »), à l’instar de l’existence elle-même, éparse dans un présent différé. La mort, qui est aujourd’hui moins chargée de spiritualité, dans une société peut-être intimement individualiste et agnostique, devient l’événement « final », un nec plus ultra, des colonnes d’Hercule au-delà desquelles, dans un temps aussi dépourvu d’espérance que le nôtre, toute attente de rédemption devient impossible. Il est difficile de regarder « en avant », pour ainsi dire, sans se tourner dans le même temps en arrière (« Deux pas en avant / je compte jusqu’à trois / je regarde en arrière / et je vois que je ne suis / jamais arrivée au-delà du six. »), et l’on risque, comme la femme de Loth, la pétrification face au constat du néant. La mort est à la fois une expérience inévitable et une aporie, quelque chose – paradoxalement – que l’on ne connaît d’une certaine manière que par ouï-dire, comme dans ces vers : «  tu as vu ta fin / projetée des dizaines de fois / sur la toile blanche des autres ». Il s’agit bien d’un jeu d’ombres (de fantômes), de projections (y compris au sens cinématographique, cette « toile blanche des autres  »), de destins incontrôlables abandonnés à des gestes apotropaïques, à des superstitions (« je suis dans les mains / du pied droit / quand je touche terre »), c’est une terreur qui maintient en vie (« sans la peur je ne sais pas qui je suis », répète Sonia Lambertini et, comme Mario Fresa le dit d’ailleurs, _ « les mots [d’un poète] jouent, dans le fond, toujours et uniquement avec la mort  »). […]

http://www.terreaciel.net/Sonia-Lambertini-traduite-par-Silvia-Guzzi#.WA-xe_mLTIV

 

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Terres de femmes – la revue de poésie & de critique d’Angèle Paoli

DANZERANNO GLI INSETTI

(textes choisis)

*

Quando nulla ti è dovuto e non sai come
conosci il cerchio nero che ti assedia chiedi
quale strano progetto ha preso i tuoi occhi
per riempirli di colore giallo ocra e rosso

senti il passo della libella lo sfregare delle antenne
la resa in volo desiderio del maschio sul filo d’erba
e l’aria che sposta la curva il segmento che unisce
trovarsi dal nulla negli occhi del nostro calvo inverno.

 

son

Sonia Lambertini, Danzeranno gli insetti, Marco Saya Edizioni, Milano, 2016, pp. 40-41-42.

*

Quand rien ne t’est dû et tu ne sais comment
tu connais le cercle noir qui te hante tu demandes
quel étrange projet a pris tes yeux
pour les emplir de couleur jaune ocre et rouge

tu sens le souffle de la libelle le frottement des antennes
la chute en vol désir du mâle sur le fil d’herbe
et l’air qui déplace la courbe le segment qui unit
passer de rien aux yeux de notre hiver chauve

 

Traduit de l’italien par Silvia Guzzi

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2016/04/sonia-lambertini-danzeranno-gli-insetti-textes-choisis.html

Silvia Guzzi traduce Sonia Lambertini

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Fotografia – Gina Pane in my mind©Dana de Luca

*

J’ai perdu le fil que j’ai caché en poche
tout est devenu froid et vertical comme les bêtes pendues à l’abattoir

leur cœur n’est pas différent du mien, c’est une goutte qui tombe vers le bas

on m’avait dit de ne pas voyager seule, de ne pas confondre les saisons et les fleurs
de serrer trois fois les nœuds presqu’à les suffoquer

dis-le-moi encore jusqu’à la mort

ils ont tous déserté mon ventre, la nourriture que tu m’as donnée par la bouche
le fait ressembler à une petite gorge d’oiseau

la nuit fait un drôle de cri que moi-même je ne connais pas

père, assieds-toi devant moi, touche mes pieds avec les genoux
sur le ventre je caresse ta tête, dans la poitrine tu as l’utérus que je t’ai donné.

 

Sonia Lambertini. Traduzione in francese di Silvia Guzzi

Inedito

Fotografia di Sonia Camagni

Fotografia di Sonia Camagni

Certains jours
ne naissent pas
pour sentir mal,
c’est ça qui me tourne en tête
quand tu me pries de te faire
être au monde
tandis que j’essaye
de me sentir moins seule.

Sonia Lambertini. Traduzione in francese di Silvia Guzzi.

*

Certi giorni
non nascono
per sentire male,
questo mi gira in testa
quando mi preghi
di farti stare al mondo
mentre io cerco
di sentirmi meno sola.

Sonia Lambertini

http://www.traductions.it/?page_id=1696